Affaire George Floyd
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Affaire George Floyd : quand le racisme n’a pas de nation

Alors que l’heure est encore à la pandémie, l’Amérique gronde. Après un énième décès d’une personne noire suite à une arrestation policière, la population fait entendre sa voix…

Le décès, lundi 25 mai 2020, de l’américain George Floyd a soulevé la polémique parmi tous les médias. Âgé de 46 ans, l’homme a perdu la vie après avoir été arrêté par des membres des forces de l’ordre. Depuis, la colère monte dans la ville de Minneapolis, mais aussi à Denver et Colombus. Une fois de plus, le débat sur le racisme latent de la police aux États-Unis est rouvert. Car George Floyd n’est malheureusement pas la première victime d’une arrestation musclée.

Elle rappelle d’ailleurs celle d’Eric Garner, en 2014. Lors de son arrestation, à New York, l’homme avait été asphyxié par les forces de l’ordre. Il était décédé sur les lieux de son interpellation. De notre côté de l’Atlantique, le débat suit les mêmes tendances : le profilage racial des forces de police, et les arrestations violentes. Lancée par l’artiste Camélia Jordana le 23 mai lors de son passage à On n’est pas couché, la polémique met en lumière des problèmes semblables à ceux de nos lointains cousins américains. Accentuée par l’omniprésence des réseaux sociaux, la colère monte des deux côtés de l’océan. Et le racisme, apparemment, n’a toujours pas de nation.

Retour sur les évènements du lundi 25 mai

Lundi, dans la ville de Minneapolis, un homme noir se faisait arrêter par les forces de l’ordre. George Floyd, 46 ans, était alors interpellé pour avoir tenté d’écouler un faux billet de vingt dollars. C’est, du moins, ce qu’en dit le rapport de la police du département de la ville. Or, l’homme s’est vu rapidement plaqué au sol, les mains dans le dos, et immobilisé par un agent. Ce dernier a alors tenté de maintenir Floyd au sol en appuyant son genou sur sa nuque. Surprise par la violence de l’arrestation, une femme s’est mise à filmer la scène sur son smartphone, en transmettant les images sur Facebook live. Toutefois, un autre agent de la paix essayait de tenir les passants à distance de l’interpellation.

Au bout de quelques minutes d’immobilisation, Floyd commence à se plaindre auprès de l’agent d’avoir du mal à respirer. Il le répète d’ailleurs à plusieurs reprises. Il ajouta même qu’il a mal, mais ce dernier lui intime de se calmer. Au bout d’une dizaine de minutes, Floyd tombe inconscient, et les passants réagissent. Les agents de police appellent alors une ambulance, pour venir chercher l’homme qui ne respire visiblement plus. Quelques heures plus tard, George Floyd est décédé. De son côté, le policier prétend que « c’est après l’avoir menotté qu’il s’est rendu compte que le suspect souffrait d’une détresse médicale et a appelé une ambulance ». Néanmoins, les images filmées semblent décrire une autre réalité.

La colère monte aux États-Unis

Suite au décès de Floyd, le débat sur les violences policières et le profilage racial s’est naturellement rouvert. Depuis son arrestation, la ville de Minneapolis est sous le joug de nombreuses manifestations violentes. Des personnes de tous horizons arpentent les rues, de nuit, pour protester contre le racisme omniprésent dans leur pays. Trois jours plus tard, le poste de police où travaillaient les agents responsables de son arrestation a été incendié. Par souci de sécurité, la ville aurait fermé les lignes d’autobus et de train léger. Pourtant, les manifestants ne s’orientent certainement pas vers d’autres civils. Ils protestent, en fait, contre les autorités.

Sur les réseaux sociaux, la tendance se poursuit. De plus en plus de politiques et d’artistes dénoncent le meurtre de l’homme de 46 ans. Certains en profitent pour rappeler tous les crimes racistes qu’a connus le pays depuis plusieurs décennies. Car l’opinion publique est unanime : George Floyd a été tué à cause de sa couleur de peau. En effet, les dernières années ont malheureusement vu de trop nombreuses affaires de ce genre dans le pays de l’Oncle Sam. La plupart du temps, les interpellés sont non armés, face à des policiers qui n’hésitent pas à user de la force. On pense notamment à Michael Brown à Ferguson, Eric Gardner à New York, ou encore Keith Lamont Scott à Charlotte.

Une montée en flèche du racisme ?

À l’heure où les mœurs semblent se libérer quelque peu, certaines perdurent malheureusement. Quelques jours auparavant, une vidéo circulait sur les réseaux sociaux, témoignant d’un autre crime raciste. Cette fois, aucun policier n’était en cause, mais l’origine derrière l’acte reste la même. En février dernier, deux hommes caucasiens avaient assassiné un homme noir, Ahmaud Arbery, pendant qu’il faisait son jogging quotidien. La vidéo, devenue virale, a été filmée depuis un autre véhicule. Depuis sa diffusion, les autorités américaines ont arrêté les deux auteurs présumés. Pour l’heure, une enquête fédérale est encore en cours.

Mais Ahmaud Arbery, Keith Lamont Scott, Eric Gardner, Michael Brown et George Floyd ne sont malheureusement que des noms parmi tant d’autres. Chaque année, les États-Unis comptent de multiples crimes racistes à travers le pays. Ces dernières années, de plus en plus de polémiques explosent suite à la diffusion massive de ces meurtres. On pourrait donc penser que le racisme connait un certain essor dans le pays de l’Oncle Sam. Toutefois, les politologues essaient de rassurer les populations. Selon eux, ce n’est pas tant un accroissement des crimes racistes, qu’une meilleure communication autour de ces derniers.

Avec les réseaux sociaux, et l’omniprésence d’internet, il semblerait que plus rien n’échappe au joug de la surinformation et des médias. Aussi, il est sans doute normal que nous prenions plus conscience des multiples actes criminels racistes qui ont lieu dans nos pays occidentaux. Néanmoins, cela ne réduit pas l’impact sociétal de ces meurtres, et l’importance de les punir pour ce qu’ils sont. Depuis quelques jours, de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux demandent à ce que l’affaire George Floyd soit considérée comme un meurtre, et non comme une simple bavure policière…

Le même constat dans le Vieux Continent ?

Le 23 mai dernier, l’artiste Camélia Jordana était invitée sur le célèbre plateau télévisé d’On n’est pas couché. Au cours d’une conversation avec l’écrivain Philippe Besson, elle parle des violences policières que subissent les personnes dans les banlieues. Selon elle, des innocents se font interpeller et brutaliser sans raison par nos autorités. Elle ajoute même qu’elle ne se sent pas en sécurité face à un membre des forces de l’ordre. « Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic à cause de leur couleur de peau et j’en fais partie ». Ses propos, lourdement repris, interprétés, retranscrits, débattus, mettent en lumière le racisme latent de notre pays. Aussi, l’artiste soulève, par ses paroles, de faits pourtant bien réels. Ces dernières années, l’hexagone compte de multiples crimes à caractère raciste de la part des forces de l’ordre.

S’ils ne finissent peut-être pas de manière aussi dramatique qu’aux États-Unis, certains contrôles de police en France sont particulièrement violents. Et leur origine semble être la même que celle qui a provoqué la mort de George Floyd : le racisme. On pense par exemple au jeune homme qui s’est fracturé la jambe en percutant la portière d’une voiture de police alors qu’il circulait en moto-cross. Il était en délit de fuite, et ne respectait évidemment pas les règles de confinement. Mais la violence de son interpellation n’a pas manqué d’alerter de nombreuses personnes, et personnalités publiques. Une semaine plus tard, un homme se jette dans la Seine pour éviter des violences policières, alors qu’il est poursuivi par des membres des forces de l’ordre. Des passants se mettent alors à filmer. Sur la vidéo, on peut entendre ces derniers user de propos racistes à l’intention du jeune homme.

Ces deux personnes étaient évidemment racisées, ou « non-blanches » pour reprendre les termes de Camélia Jordana. Mais la violence émise à leur encontre semble être la même que celle qui a provoqué la mort de George Floyd, à Minneapolis. À croire que ni les positions politiques des autorités ni le lieu ne changent le problème sociétal qu’est le racisme…

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